Planter des cailloux, rencontre avec un paveur

Le poseur de pavés © Cap Vert IngenierieD’une séquence à l’autre, les calades réalisées sur les bas quais des rives de Saône assurent la cohérence du cheminement. Esthétiques et structurantes, les calades constituent par ailleurs une bande d’alerte indispensable en bordure de rivière. Clin d’œil à l’histoire du site, les empierrements du bas port Gillet sont réalisés à partir des galets de Saône, récupérés sur le tracé de l’ancien chemin de hallage. Depuis 6 mois, Kevin sélectionne et plante un à un les galets de choix qui dessinent, au fil de l’eau, les calades du bas port Gillet.

 

Il fait moins froid ce matin de février, le soleil inonde la Saône et ses abords et notre paveur ne boude pas son plaisir. « Au cœur de l’hiver, les gels forts durcissent le mortier, empêchant toute adhérence avec les galets et on ne peut pas travailler. » Kevin a préparé sa zone de pause, un rectangle de 8 m² environ recouvert du mortier destiné à recevoir les galets amoncelés derrière lui. « Ces pierres ont été triées à la main et stockées par calibre dans ces big bags », explique le paveur en désignant les imposants sacs alignés contre le mur de quai.

 

Le tabouret bas est de rigueur. Penché au dessus des galets, l’œil rivé sur le niveau qui guide sa main, Kevin passe sa journée à sélectionner, poser, aligner les précieuses pierres selon une technique singulière. « Dans le jargon, on parle d’une pose en tête de chat ; le galet est planté sur la tranche, dans la couche de mortier » explique patiemment le paveur en appliquant quelques coups de maillet sur le sommet du galet qui vient bientôt compléter le puzzle des calades.

 

« C’est un vrai casse-tête, il s’agit de trouver le caillou qui viendra s’insérer parfaitement dans l’interstice. » Le calibre, la forme, le relief… rien n’est laissé au hasard. Et si la pierre idéale n’existe pas ? « Il faut parfois recommencer la ligne », concède Kevin sans se départir de son zèle.
« L’œil du paveur, c’est ça le secret » confit-il – Et pour cela, Kevin a été à bonne école ! Dès son arrivée chez Coiro en 2009, il s’est initié aux techniques de pose auprès de Benjamin, son mentor et spécialiste dans le secteur. Le chantier de pose des Brotteaux pour première expérience, c’est avec modestie, patience et minutie qu’il s’attèle aux calades du bas port Gillet avec son binôme.

« Nous sommes deux paveurs mobilisés à temps plein sur ce projet et nous couvrons près de 16 m² de surface par jour ». Un travail de fourmi qui – outre l’œil aguerri – nécessite des connaissances en planimétrie et altimétrie. « La Saône connait des crues régulières. On veille à ne pas créer de surface où l’eau pourrait stagner en flaques ».

Une fois les galets posés, il faut encore appliquer le mortier de fixation et procéder au nettoyage méticuleux de la parcelle minérale de pierres plantées.

 

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Les calades en chiffres sur le bas port Gillet :

– 7 000 m² de galets triés à la main, soit 400 big bags. L’opération qui avait pour objectif de supprimer les galets abimés ou inutilisables a mobilisé 6 hommes pendant trois mois.

– 2 000 m² de calades à réaliser avec un rendement de 8 m² posé par jour et par poseur.