Agence HYL

Sites d’intervention

La promenade du défilé de la Saône    –    L’ancienne écluse de Caluire-et-Cuire


Site d’intervention

La promenade du défilé de la Saône

HYL – paysagiste, architecte et urbaniste

HYL s’est constituée en 1997 autour de valeurs qui vont de la défense de l’espace public à une pratique respectueuse de l’histoire et de la géographie au service de l’usage contemporain des lieux. L’ancrage de sa pratique dans la réalité du chantier n’exclut pas l’inventivité, le raffinement et la poésie.
Basée à Paris, l’agence est fréquemment citée pour ses réalisations innovantes, comme les parcs inondables du Pecq-sur-Seine, de Coulaines, de l’île aux Planches ; l’aire d’accueil de la baie de Somme et le projet de rétablissement du caractère maritime du Mont Saint-Michel ; la restructuration du quartier de la Caravelle à Villeneuve-la-Garenne, les écoquartiers de la Roseraie et du Plateau à Chartres, le quartier culturel Argence à Troyes.

Coup d’éclat

Agence parisienne, Coup d’éclat travaille fréquemment avec des paysagistes et des architectes, son champ d’action s’étend du plan urbain raisonné à des interventions concrètes qui n’excluent jamais une forme de théâtralité.

Interview de l’agence HYL

1. Quels sont les défis techniques à relever pour la mise en place des 1,9 kilomètre d’estacades qui courront le long du Défilé de la Saône ? Par exemple, de quelle manière ces promenades seront-elles intégrées aux bas-ports et aux sites ?
La Saône lyonnaise est à la fois très naturelle (crues lentes mais puissantes et durables, lit mixte d’alluvions et de rochers) et très anthropisée (rives empierrées, quais maçonnés, navigation industrielle et touristique).
La cohabitation des promeneurs, des péniches et des paquebots dans un étroit chenal nous imposera une gestion constante des risques pendant le chantier (vagues de batillage, « dérapages contrôlés » des bateaux près des barges).
Elle génèrera également une emprise de circulation filiforme, avancée de trois mètres seulement dans le lit de la rivière. Cette « estacade » reposera sur une structure de pieux, tant pour se rendre indépendante des murs de quai que pour éviter d’accentuer le risque d’inondations.
L’étroite promenade ne s’épanouira que sur certaines plages particulières du parcours (port Neuville, futur port Saint-Antoine….), d’où l’importance des petits jardins linéaires et des interventions artistiques qui animeront et rythmeront le parcours. Le traitement se voudra sobre et neutre, afin de mettre en valeur ces « événements » ainsi que la fastueuse façade de pierre, la frise des rampes et des escaliers, le jeu des ponts et des bosquets de platanes en surplomb…
Le caractère mixte du lit fait d’alluvions et de rochers imposera un sondage systématique des fonds du linéaire afin de définir le mode d’exécution et la profondeur de chaque forage.
Les plongeurs vérifieront aussi l’état des maçonneries immergées. La finesse des dépôts alluvionnaires rend ceux-ci adhérents et glissants sous le pied. Ce constat nous oriente vers une surface de circulation minérale, de préférence à un platelage de bois, classique dans les aménagements d’estacades, dont la tonalité gris foncé se marierait par ailleurs moins bien avec la pierre blonde des quais.
2. Vous collaborez ici avec l’artiste japonais Tadashi Kawamata. Travaille-t-on de la même manière avec un plasticien qu’avec un éclairagiste ou un ingénieur structure ?
Les préalables au moins seront identiques. Tant avec des « techniciens » qu’avec des artistes, nous insisterons d’abord sur une compréhension de la globalité du projet par l’ensemble de l’équipe. Chacun a besoin de saisir la totalité des données et des objectifs, même si l’artiste aurait apparemment plus le droit de s’en écarter, de sélectionner ce qui le motivera en propre… À condition de retrouver, in fine, une forme de pertinence et de cohérence avec le projet global.
Avec un artiste, nous parlons sans doute plus du lieu et de sa capacité d’évocation (le fameux geniusloci), des usages qui s’y développeront, des proportions d’espaces… Nous partageons souvent d’emblée le même langage, peut-être en raison de la dimension universelle de l’art, peut-être à cause d’une formation initiale partagée, d’un tronc commun.
Avec Tadashi, cette immédiateté est encore plus forte, car son matériau semble quasiment identique au nôtre.
Sa démarche participe de l’architecture et de la sculpture, elle s’ancre fortement dans la culture et les usages urbains. Cette approche est donc beaucoup plus proche de la nôtre que celle d’un autre praticien qui, souvent, revendiquera une autonomie de son art.
Cette connivence va jusqu’à transcender l’écart culturel : Tadashi nous semble plus italien que japonais ! Sociologique, pragmatique et constructive, sa manière semble rejouer avec ironie les trois standards vitruviens(solidité, utilité, beauté). Tadashi donne l’impression de jouer avec la Rinascita, la princière (Michel-Ange lui-même était-il sculpteur ou architecte quand il concevait l’escalier-atrium de la bibliothèque Laurentienne ?), mais aussi l’inventive, celle du génie civil et militaire, d’un Léonard ou d’un Francesco di Giorgio Martini.
Plus généralement, et sans remonter jusqu’au Moyen-âge, l’opposition artiste/technicien est en partie factice. Les éclairagistes et les ingénieurs-structure peuvent aussi être des artistes, s’ils ne se laissent pas entièrement borner par l’univers normatif.
Inversement, un artiste qui ne saurait pas construire solidement son œuvre ni jouer avec la lumière ne semble pas adapté à une production dans l’espace public.
3. Dans quel état d’esprit aborde-t-on un tel projet, sachant qu’il prendra place dans un site classé au patrimoine mondial ? Est-ce une contrainte, ou bien une stimulation ? Pour prendre un exemple concret, comment les éclairagistes de l’agence Coup d’éclat, qui vous accompagnent dans cette aventure, envisagent-ils l’ambiance nocturne de cette portion des rives de Saône ?
Pascale Hannetel fait partie du Comité national des biens français du patrimoine mondial, et HYL a déjà travaillé dans de nombreux sites français classés par l’Unesco, mais il est toujours stimulant pour nous de conforter l’œuvre des siècles passés pour la faire vivre et la transmettre aux générations futures.
Au titre du patrimoine mondial, les actions respectent essentiellement deux volontés : préservation et promotion. Dans le Défilé, le magnifique cadre architectural est déjà globalement préservé et protégé par les règlements d’urbanisme municipaux, mais l’espace public mérite que soit poursuivie une ambitieuse politique de rénovation (destruction des constructions en quai bas, notamment les parkings en ouvrage).
L’objectif que nous poursuivons avec Coup d’éclat est double :

– Préserver l’intégrité du quai bas en tant que socle de pierre de la ville ; mettre en valeur son architecture de port, faite de rampes et d’escaliers. Les ouvrages d’accès à l’eau seront mis en valeur par un « contrefeu » qui dessinera leurs silhouettes en ombres chinoises sur le fond laissé sombre du mur de quai.
– Ce dispositif est cohérent avec la volonté de préserver une certaine pénombre générale. Par différence avec le quai haut parfois sur-éclairé, nous proposons une strate basse simplement sécurisée par un éclairement doux et de faible luminance, afin de conserver sa poésie à la promenade auprès de l’eau (reflets du clapot et de la lune, mouvement des poissons…).


Site d’intervention

L’ancienne écluse de Caluire et Cuire

HYL – paysagiste, architecte et urbaniste

HYL s’est constituée en 1997 autour de valeurs qui vont de la défense de l’espace public à une pratique respectueuse de l’histoire et de la géographie au service de l’usage contemporain des lieux. L’ancrage de sa pratique dans la réalité du chantier n’exclut pas l’inventivité, le raffinement et la poésie.
Basée à Paris, l’agence est fréquemment citée pour ses réalisations innovantes, comme les parcs inondables du Pecq-sur-Seine, de Coulaines, de l’île aux Planches ; l’aire d’accueil de la baie de Somme et le projet de rétablissement du caractère maritime du Mont Saint-Michel ; la restructuration du quartier de la Caravelle à Villeneuve-la-Garenne, les écoquartiers de la Roseraie et du Plateau à Chartres, le quartier culturel Argence à Troyes.
www.hyl.fr

Géraud Périole

Issu du monde des ingénieurs et de l’architecture, Géraud Périole affûte sa sensibilité de concepteur-lumière depuis 2000. Il partage son art entre mise en valeur patrimoniale et installations festives.
Géraud Périole est installé à Bordeaux.

Interview de l’agence HYL

1. Quelles sont les caractéristiques du site de l’ancienne écluse de Caluire ?
À la convergence des montées des forts et de l’église, le site de l’écluse apparaît comme l’ancrage fluvial de Caluire, la ville de plateau qui descendrait en cascade jusqu’à l’eau sous la forme d’un joli hameau d’allure médiévale. Comme deux blocs de cet éboulis architectural qui auraient traversé la voie de berge, deux maisons éclusières habitent le quai bas. Elles logent un club d’aviron.
Un peu en amont sur le même quai bas, le terre-plein de l’écluse elle-même sert de port-à-sec. L’espace semble étouffé entre un quai haut très circulé et un quai bas saturé par les carcasses des navires, sous l’oeil rêveur des grands platanes de l’île Barbe qui dominent la scène.
L’espace de l’écluse est encore ouvert et assez ensoleillé. Plus à l’amont, un petit rang de maisons se blottit encore sous la falaise, humanisant le quai au débouché de la passerelle, puis la balme devient trop abrupte, un effet de gorge quasi-alpine s’installe alors.
2. Comment entendez-vous concrètement faire cohabiter la promenade et les activités des clubs d’avirons ?
Le choix des actions s’est fait après plusieurs visites d’échanges avec les sportifs eux-mêmes, qui plébiscitent l’arrivée des promeneurs mais s’inquiètent de leur sécurité lors des manœuvres de mise à l’eau, et veillent à protéger un matériel fragile et coûteux.
Le projet propose une meilleure délimitation des emprises de chacun, parfois symboliques (de nouvelles plantations définissent les limites amont et aval du club ; une courette centrale reste par contre d’usage privatif). De nouveaux équipements plus confortables sont offerts :

– la rampe de mise à l’eau est allongée et lissée pour accueillir les bateaux à moteur et le Chemin nature,
– l’espace de croisement des flux est élargi et horizontalisé,
– un vaste ponton flottant dédié aux sportifs facilite les mises à l’eau, notamment lorsque le niveau de la Saône est élevé.

3. De quelle manière désirez-vous instaurer une forme de conversation visuelle entre l’écluse et l’île Barbe ?
La relation est déjà forte mais se fait effectivement à sens unique, l’île polarisant les regards. La plantation d’une ligne d’arbres contre le soutènement du quai haut minimisera psychologiquement l’impact du trafic haut et installera l’espace de l’écluse dans le lit mineur naturel, renforçant l’intimité avec l’île sauvage. Quelques fenêtres seront toutefois ménagées dans l’alignement végétal, au droit des traversées piétonnes qui seront fortement soulignées par des passages surélevés.
L’espace dégagé du terre-plein orientera le regard vers l’île au nord, et au sud vers les évolutions des avironneurs et vers le centre-ville imaginé, par-delà le plan d’eau : l’île Barbe reste en effet pour tout Lyonnais une porte d’entrée sur la ville.
L’installation d’une oeuvre de Jean-Michel Othoniel sur le bajoyer d’écluse réactivera une forme de sanctuarisation de l’île qui fut longtemps un lieu de pèlerinage de la chrétienté. Un accès intimiste, quasi-individuel sera permis jusqu’à la proue de l’étroite plateforme devenue belvédère, pour une contemplation du vaisseau-forêt.
Décliné en trois points – île, bajoyer, terrasse du quai Clémenceau –, le vocabulaire plastique de l’artiste renforcera l’idée d’une conversation, d’autant que les interventions seront sensibles dans les deux sens (l’oeuvre colorée de Richard Woods sur la maison éclusière renforçant également la présence de l’écluse depuis l’île et la rive droite).

 


ARTISTES

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Lang/Baumann

Le Gentil Garçon

Pascale Marthine Tayou

Erik Samakh

Didier Fiuza Faustino

Pablo Reinoso

Meschac Gaba

Jean-Michel Othoniel

Elmgreen & Dragset

Tadashi Kawamata