L’art public

L’originalité de Rives de Saône réside dans une conception intégrée confiée à des équipes pluridisciplinaires réunissant de grands talents dans les différents domaines concernés. Dès l’origine, le projet Rives de Saône a donc été placé sous les auspices d’une direction artistique globale, le duo Jérôme Sans et APC+AIA/ARTER, afin que le regard des artistes apporte un éclairage sur les problématiques urbaines.
Inscrites dans le cadre d’un projet d’art public à apprécier comme un « River movie », les interventions artistiques révèlent les multiples facettes de la Saône pour que chacun la vive à son rythme, au gré de ses envies et de ses sensibilités.
La démarche proposée par le « River Movie » déploie à ciel ouvert un parcours de créations dont chacune propose  une expérience fondée sur une trilogie construite entre l’œuvre, le site et le paysage. Elles peuvent bien sûr être contemplées, mais la plupart sont accessibles à tous et  être ainsi expérimentées.

« Au fil de l’eau, un River Movie »

Métaphore du temps qui passe, de la vie qui s’écoule avec ses rencontres et ses aléas, la rivière devient le lieu d’un récit où tout peut advenir.
Invités à formuler des propositions, treize artistes contemporains d’envergure internationale ont imaginé chacun en différents points du parcours un dispositif spécifique. Faisant écho à un environnement, à un contexte singulier, à des usages et une histoire, petite ou grande, chacune des interventions permet de vivre une expérience artistique unique. Chacune d’entre elles fait sens et peut être appréhendée isolément. Ensemble, elles forment la trame d’un récit inédit, d’une partition originale et sensible : le River Movie.

Expériences sensorielles. Elles mobilisent les sens, tour à tour éveillés, aiguisés voire bousculés.
Expériences individuelles ou collectives. Elles permettent soit d’opérer un retour sur soi invitant à la contemplation, au rêve ou la paresse soit de partager des moments uniques avec les siens ou les compagnons de fortune rencontrés au cours du voyage.
Expériences polyphoniques. Au gré des états, des parcours et des saisons, ces expériences, simples ou sophistiquées, discrètes ou spectaculaires, se renouvellent et se redécouvrent constamment, offrant au visiteur d’un jour comme au promeneur régulier, une impression toujours unique.

A l’image du Road Movie, le River Movie est un récit dont le lieu de l’intrigue est une rivière : la Saône. La rivière, comme la route, conçue comme une métaphore du temps qui défile, de la vie avec ses rencontres et ses aléas.
Un récit découpé en étapes, des aventures et des rencontres imprévues, le River Movie s’étire le long de la Saône comme une pellicule, entre Lyon et Neuville-sur-Saône, une pellicule composée d’autant d’images, de séquences différentes.
Il se déroule comme un collage poétique d’images, de sensations, d’idées, loin de toute narration classique, sans début ni fin, sans avant ni après. L’ordre du parcours n’est pas imposé, le promeneur est libre de prendre une séquence au passage pour se mettre ou se remettre dans l’histoire. Il peut s’en satisfaire, comme il peut choisir de remonter ou de redescendre les berges à la rencontre d’une autre expérience. Il est alors porté par un fil rouge, reliant les différentes séquences entre elles : la Saône et ses paysages.
Le River Movie est la coexistence de ces expériences hétéroclites, sans ordre ni chronologie, qui s’offrent au promeneur au gré de ses envies et de son parcours sur Saône. Composée d’autant d’œuvres à vivre, à activer, le public devient acteur d’un film que chacun compose, écrit avec sa propre histoire.

L’art public de rives de Saône : une invitation …

… à la flânerie. La plage de bois, les passerelles entrecroisées, le belvédère de Tadashi Kawamata invitent ainsi à flâner, à s’allonger au bord de l’eau, et à oublier un temps l’agitation citadine face aux sites majestueux du Vieux Lyon et de la colline de Fourvière.
… au mystère. Rive droite, la sculpture en poudre de marbre des scandinaves Elmgreen & Dragset bouscule quelque peu l’ordre hiératique de la colonnade de l’ancien palais de justice par son caractère énigmatique et irrationnel : elle arrête à coup sûr dans sa course le passant pressé au débouché de la passerelle.
…au voyage. Plus loin, sur le bas-port du quai Gillet, le même promeneur a la possibilité de voyager mentalement avec les jeux de marelle ornés de blasons de Meschac Gaba. Quant aux sculptures baroques de Pablo Reinoso, qui évoquent tout à la fois les fils des métiers à tisser lyonnais, les cordages du chemin de halage et l’obstination de lianes vivaces à se frayer un chemin dans un environnement urbain, elles emmènent le spectateur des quais de Saône aux forêts d’Amérique du Sud.
… à la nature. L’immersion dans la nature se concrétise véritablement sur le chemin nature. La nuit, les lucioles aquatiques d’Erik Samakh s’illuminent, tandis que les rochers à crue du même artiste s’animent avec les débordements de la rivière. Sur le long mur du bas-port, les peintures et les masques-passeports de Pascale Marthine Tayou sont comme les vestiges archéologiques d’une civilisation depuis longtemps engloutie par la végétation, et que l’on découvre au détour d’un sentier perdu.
… à la féerie. Cet effet de surprise joue à plein au niveau de l’ancienne écluse de Caluire et Cuire et du chevet de l’île Barbe, où Jean-Michel Othoniel réactive l’imaginaire des contes et de la féérie. Quelle princesse géante a bien pu accrocher ses perles chatoyantes avant de se baigner dans la rivière ? On connaît le passé druidique de l’île Barbe, et il paraîtrait que des elfes y vivent encore.
… au jeu. Cette dimension enfantine est encore accentuée à la hauteur de Fontaines-sur-Saône, où Le Gentil Garçon engage le randonneur à jouer à inverser le monde, à passer de l’autre côté du miroir : ici, les poissons se réfugient dans les arbres, les cheminées des usines, en écho à celles qui se tiennent sur l’autre rive, percent la surface de l’eau, signe qu’une Atlantide industrielle et lilliputienne s’est développée devant la berge, parmi les herbiers. L’artiste convie aussi à des jeux plus scientifiques : d’étranges souches et des nœuds accrochés comme des tableaux sont autant d’énigmes à décrypter ; ils racontent des histoires de marins et de labyrinthes.
… à la contemplation. Parvenu au site des guinguettes de Rochetaillée, qui marque le terme de ce premier voyage en bord de Saône, le visiteur éprouve sans doute le besoin d’une pause. Il peut ainsi s’élever au-dessus de la rivière et vers les nuages en empruntant l’Escalier de Lang/Bauman. Ou bien se hisser dans le Trompe le monde de Didier Fiuza Faustino, qui reflète le paysage autant qu’il absorbe le regardeur, comme dans les tableaux romantiques de Caspar David Friedrich, où l’homme de dos est partie intégrante du paysage qu’il observe. Le promeneur contemple ainsi la Saône, avec le sentiment de l’avoir reconquise lors de son intense randonnée, un peu comme l’alpiniste se repose en haut de la montagne gravie… Pour autant, le voyage n’est pas tout à fait terminé. La météorite ludique du Gentil Garçon invite les enfants à imaginer des paysages tout aussi sidérants, aux confins de l’espace. Osons y voir aussi un prélude : à d’autres sites, d’autres promenades, d’autres œuvres, plus tard, en bord de Saône.

La Direction artistique

Jérôme Sans

Directeur artistique des « Rives de Saône-River Movie », Jérôme Sans, né en 1960, est curator, critique, et directeur d’institutions d’art contemporain. Internationalement reconnu pour avoir renouvelé le mode de présentation et d’exposition de l’art actuel, il a été notamment co-fondateur avec Nicolas Bourriaud du Palais de Tokyo à Paris en 2002 qu’ils dirigent jusqu’en 2006, l’affirmant comme un nouveau type d’institution, un lieu de vie doté d’une nouvelle économie institutionnelle, le centre d’art contemporain parmi les plus vibrants au monde.

Après avoir assuré de 2006 à 2008 la direction des programmes au Baltic Centre for Contemporary Arts à Newcastle (Gateshead) en Angleterre pour repositionner cette institution comme l’un des lieux les plus vivants de la scène anglaise, Jérôme Sans dirige jusqu’en 2012 l’Ullens Center for Contemporary Art (UCCA) à Pékin (Chine), et l’impose comme la place de référence culturelle en matière d’art contemporain en Asie.

Jérôme Sans fût également le commissaire de nombreuses expositions  à travers le monde comme la Biennale de Taipei (2000) ou « It’s Not Only Rock’n’Roll, Baby ! » à Bruxelles (2008) et Milan (2010), co-directeur artistique de la Nuit Blanche 2006 à Paris, ainsi que de la Biennale d’Art Contemporain de Lyon en 2005, intitulée « L’expérience de la durée ».

Après avoir été Global Curator pour le groupe Le Méridien de 2006 à 2013, développant des projets et événements avec des artistes et créateurs dans les divers hôtels du groupe, il est depuis 2012 directeur de création et rédacteur en chef du magazine «L’Officiel Art », trimestriel d’un nouveau type, consacré à l’art contemporain comme mode de vie.

Jérôme Sans a enfin cofondé la société Perfect Crossovers, bureau de consulting pour des projets culturels spécifiques entre la Chine et le reste du monde.

APC + AIA / ARTER

APC + AIA / ARTER est une agence de conseils et de production spécialisée dans la définition, la conduite et la mise en œuvre de projets artistiques et culturels. L’agence s’est historiquement développée autour d’Art Public Contemporain (APC, créée en 1990) et d’AIA productions (AIA, créée en 2004). Depuis 2004, APC et AIA mettent en commun leur savoir faire et leur expérience en matière de conduite de projets d’art contemporain et de démarches culturelles, temporaires ou durables. La création d’Arter en 2011 marque l’aboutissement de cette collaboration.
Arter conçoit, développe, réalise et produit des projets artistiques d’envergure. Arter conseille et assiste les opérateurs publics et privés dans la réflexion, la définition et la mise en œuvre de leurs projets créatifs autour des arts visuels, de l’architecture, du design et de la performance. Sa force réside dans la compréhension des enjeux artistiques et opérationnels et l’accompagnement de projets multiformes et complexes, d’échelles et de technologies différentes, avec la recherche constante des moyens les plus adaptés pour en optimiser la programmation. Du pilotage à la coordination, de la maîtrise d’œuvre technique à l’organisation, de la médiation à l’édition, ses équipes ont développé des pratiques efficaces qui permettent à Arter d’accompagner l’ensemble du processus de projet.

 

Retrouvez tous les concepteurs et artistes qui travaillent sur le projet.